La séquence sur la phrase ouvre l'année de grammaire au CE1 et ce n'est pas un hasard : tout le reste s'appuie sur elle. Avant de chercher un verbe ou un sujet, les élèves doivent savoir reconnaître une phrase, cette suite de mots qui commence par une majuscule, se termine par un point et veut dire quelque chose. Une évidence pour l'adulte, une vraie construction pour un enfant de 7 ans.
Voici ma séquence complète telle que je la mène en classe, séance par séance, avec l'affiche à télécharger pour la trace collective. Elle ouvre la série des séquences de grammaire CE1 publiées sur ce blog, dans l'ordre de ma programmation annuelle.
Ce que les élèves doivent retenir
L'objectif de la séquence tient en trois critères que les élèves doivent savoir mobiliser : une phrase commence par une majuscule, elle se termine par un point et elle a du sens. Ce dernier critère est le plus important et le plus souvent négligé : une suite de mots avec majuscule et point n'est pas une phrase si elle ne veut rien dire. C'est lui qui fait passer les élèves du repérage visuel à la vraie compréhension.
En fin de séquence, un élève de CE1 doit savoir dire si une suite de mots est une phrase en justifiant sa réponse, remettre des mots en ordre pour fabriquer une phrase et repérer le nombre de phrases d'un court texte en s'appuyant sur les majuscules et les points.
La séquence en cinq séances
Séance 1 : découverte, phrase ou pas phrase ?
On part d'un court texte connu des élèves, quelques lignes lues collectivement. Au tableau, je propose ensuite des suites de mots : de vraies phrases du texte, des suites sans majuscule ni point, des mots dans le désordre. La question est simple, phrase ou pas phrase, avec surtout le pourquoi. Les échanges font émerger les trois critères, que l'on garde au brouillon du tableau. Les élèves repartent avec une première intuition : tout ne mérite pas le nom de phrase.
Séance 2 : manipulation, fabriquer des phrases
Séance d'étiquettes : par binômes, les élèves reçoivent des mots en désordre et fabriquent des phrases qui ont du sens, avec la majuscule au début et le point à la fin. Certaines pochettes contiennent un intrus qui empêche la phrase de vouloir dire quelque chose : les binômes le repèrent et expliquent pourquoi. La mise en commun insiste sur le critère du sens : on peut lire des mots à voix haute sans que cela fasse une phrase.
Séance 3 : structuration et trace écrite
On formalise : les trois critères deviennent la règle de la classe, écrite collectivement puis copiée dans le cahier de leçons. C'est là que l'affiche prend sa place au mur, comme référence permanente de l'année. Vous pouvez télécharger l'affiche sur la phrase que j'ai réalisée pour ce moment. La séance se termine par quelques exercices d'application directe sur l'ardoise, phrase ou pas phrase, en montrant la règle du doigt à chaque justification.
Séance 4 : entraînement différencié
Exercices écrits en autonomie, sur trois niveaux de difficulté : reconnaître des phrases parmi des suites de mots, remettre des mots en ordre, compter les phrases d'un texte court. Les élèves rapides enchaînent sur la production : écrire une phrase à partir d'une image. Pendant ce temps, je reprends avec un petit groupe les cas qui résistent, souvent autour du critère du sens. C'est la séance où la différenciation prévue à l'écriture de la séquence paie.
Séance 5 : évaluation courte
Une page, quinze minutes, trois exercices calqués sur l'entraînement : aucune surprise le jour de l'évaluation, c'est un principe. La correction me donne la photographie de la classe avant d'attaquer la suite : les élèves encore fragiles sur la phrase seront suivis de près pendant la séquence suivante, car les types de phrases s'appuient directement sur ces acquis.
Les rituels qui font vivre la notion toute l'année
Une séquence ne suffit pas à ancrer la notion : c'est la répétition qui l'installe. La phrase du jour est le rituel le plus rentable, cinq minutes chaque matin : une phrase au tableau, parfois correcte, parfois piégée, que la classe valide ou corrige en justifiant avec les trois critères. Au fil des semaines, ce rituel accueillera les notions suivantes (types de phrases, verbe, sujet) et deviendra la colonne vertébrale de l'étude de la langue.
La production d'écrits joue le même rôle en contexte réel : chaque écrit court se relit avec la question rituelle, mes phrases commencent-elles par une majuscule, se terminent-elles par un point, veulent-elles dire quelque chose ? La grammaire cesse alors d'être un exercice pour devenir un outil d'écrivain.
Avec quel support travailler ?
Cette séquence fonctionne seule, avec le texte de votre choix et l'affiche fournie. Si vous préférez un cadre complet pour l'année, la démarche par manipulation que je décris rejoint celle du livre Réussir son entrée en grammaire, dont j'ai détaillé le contenu dans mon avis sur ce manuel de grammaire. Plusieurs collègues blogueurs partagent aussi leurs séquences sur la phrase, comme Lutin Bazar ou Cartable Liberty : comparer les approches aide à construire la vôtre, comme je l'explique dans les 10 étapes d'une séquence.
La suite de la progression
Une fois la phrase installée, la progression continue naturellement vers les types de phrases, deuxième séquence de l'année : déclarative, interrogative et exclamative s'appuient directement sur les critères travaillés ici. L'ensemble suit ma programmation de grammaire CE1, séquence après séquence jusqu'à l'adjectif en fin d'année.
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